Critique De Rouille et d’Os

Après De battre mon cœur s’est arrêté et Un Prophète, Jacques Audiard n’en finit plus d’éblouir les spectateurs en proposant des films déroutants mais d’un classicisme assumé.

De Rouille et d’Os avait été annoncé comme un des grands favoris du 65ème Festival de Cannes. En définitive, il n’a obtenu aucun prix, alors qu’il a été très applaudi par le public et la critique. Trop dérangeant pour le Jury officiel ?

Je reconnais que c’est un diamant brut, parfois violent. Le parti pris du réalisateur, qui filme ses acteurs de très près, peut créer un sentiment de malaise. Rien ne nous est épargné : les corps mutilés sont montrés dans leur brutalité, les scènes de sexe sont bestiales et crues, et la souffrance est omniprésente.

Mais en définitive, cette rencontre entre deux êtres mutilés et déchirés est troublante de justesse et de poésie.

Ali (Matthias Schoenaerts) est une force de la nature. Ce boxeur instinctif est direct, bourru, agressif et terre-à-terre, mais il a un cœur doux. Son incapacité à la tendresse est pourtant son plus gros handicap, celui qui le cloue au sol sans qu’il en est simplement conscience. Stéphanie (Marion Cotillard) ne peut pas s’offrir le luxe de se voiler la face : elle a perdu ses deux jambes suite à un accident avec ses orques alors qu’elle était dresseuse dans un Marineland. Ali voit son désespoir. Il réagit de la seule façon qu’il connaît : il lui propose de coucher avec elle à chaque fois qu’elle en a envie. Sans pitié ni tabous. Stéphanie accepte mais, très vite, elle lui demande beaucoup plus : un peu d’attention, de la tendresse, quoi que ce soit qui ressemble un peu à des sentiments humains… Ali est perdu, il ne comprend plus….

Le trouble qui s’empare des spectateurs vient de soudaine mise en lumière de tous les non-dits habituels de la société, souvent dérangée par les difformités ou les différences. Le désir et la soif de vivre de Stéphanie, qui la pousse à poursuivre sa quête d’humanité, produisent une sorte de gêne indescriptible. Et je ne peux pas m’empêcher de me dire, en étant honnête, que mon propre regard refléterait la même surprise que celui des vacanciers regardant Ali ramener Stéphanie de la mer en exhibant ses moignons.

De Rouille et d’Os ne laisse pas indemne sans pour autant basculer dans le voyeurisme ou dans l’émotion facile. Complexe, subtil et juste. Du grand cinéma..

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